Affichage des articles dont le libellé est réflexion. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est réflexion. Afficher tous les articles

24 mars 2026

 

                                                                                             Démangeaisons égotistes

22 Mars 2026, 

   Devant le désintérêt massif que suscite ce blog depuis quelques mois  -  on a beau dire que nous écrivons avant tout pour nous-mêmes, on a besoin d'échos, d'échanges comme tout le monde, y compris ceux qui affirment le contraire  -  il est temps de prendre quelques décisions. Peut-être déménager, peut-être disparaître humblement et tout simplement.

   Le plus raisonnable, c'est de reconnaître qu'il vaut mieux se taire que gratouiller mollement le clavier. Que de temps gaspillé au lieu de laver ses vitres et nettoyer sa terrasse pour la débarrasser des stigmates de l'hiver! Sans compter les heures à profiter des bienfaits du soleil printanier, beaucoup plus bénéfiques pour la solidité de vos os que de se recroqueviller devant un écran et de s'abîmer les yeux avec sa lueur bleue! Écrire, éventuellement pour son tiroir, dans la totale confidentialité, comme pour se prouver que la bête est encore vivante et qu'elle lève une paupière  -  et non pas les deux!  -  de temps en temps, tel un crocodile se dissimulant dans le décor... Si les démangeaisons de la graphomanie pèsent à ce point, il faut chercher des moyens plus performants qu'un blog obscure, sans le moindre effort de pub! Il y a pléthore d'auteurs qui se bousculent en vain pour un peu de place au soleil, pourquoi augmenter encore leur nombre?...

   D'ailleurs, à quoi rime ce besoin viscéral de lever le doigt pour attirer l'attention? Au fond, cela ne me ressemble pas; qu'est-ce qui me prend, qu'est-ce qui me chagrine? Je sais depuis toujours que RIEN ne nous sauve de la Mort!... Quand j'ai affirmé cela pour la première fois, avec une conviction en béton armé à Gilbert  -  qui ne se savait pas encore condamné  -,  il m'en a voulu pour toujours... Je porte en moi cette contradiction à vie.



Voici le texte que j'ai publié sur mon blog hébergé depuis 2008 sur Overblog.

J'ai décidé de "réveiller" de son sommeil cette ébauche de blog et de l'obliger à laisser de la place au blog de Flora... (tout en continuant à archiver le premier sur son lieu de naissance (http://flora.over-blog.org.) Blogspot sera-t-il plus dynamique, plus réactif?... Sinon, il restera toujours la possibilité du silence.

20 novembre 2020

Fausses promesses
Hier, dans mon jardin, un oiseau a cédé aux impressions trompeuses d'un printemps précoce et s'est mis à chanter à tue-tête ! Surpris, les rosiers dénudés se sont redressés. L'insensé ! Nous sommes au début du mois de février et l'hiver n'a pas encore montré son vrai visage. Gare à se laisser berner par des fausses promesses !...
Quand-même, quand-même... Cela fait du bien d'y croire un peu! On a tellement envie de ressentir un élan vital dans ses veines, dans tout son corps recroquevillé par le froid, la grisaille interminable ! On se réfugie dans les souvenirs pour revivre cet élan, au moins par procuration... Sur le chemin de la maison, l'écolière décèle dans l'air soudainement radouci, un parfum inimitable, fait de l'explosion de la végétation, des vergers en fleurs et des abeilles enivrées qui charrient le pollen... Une sensation enfouie qui donne envie de tomber le manteau et d'exposer sa peau aux caresses du soleil…
"Nous vieillirons ensemble..." R. T. 1998

Oui, j'y arrive parfois, en regardant de vieilles photos ou en replongeant dans des lettres éprouvées par d’innombrables relectures et qui exhalent vers moi, intacts, les sentiments de jadis. Photos de protagonistes des amourettes d'antan, lettres enflammées et poétiques me restituent un instant la jeunesse enfuie... Une danse langoureuse à la lumière forcément tamisée, les sensations d'un jeu à la fois attirant et effrayant qui confèrent à l'âge tendre toute sa magie immuable...

Il est même dangereux de se hasarder sur ces sables mouvants... De réveiller l'adolescente, la jeune femme, assoupies pour toujours sous les strates de la sagesse de l'âge adulte, écrasé de responsabilités, pour aboutir à la quête d'une sérénité destinée à passer la vieillesse pour la période incontournable avec laquelle il vaudra mieux conclure une paix durable...

13 mars 2015

Emotions - piège ou nécessité?


   Vaste sujet qui demande quelques réflexions.

   De nos jours, les émotions sont omniprésentes, à tel point que les média font passer la moindre information dans cet emballage, que les politiques préfèrent les solliciter plutôt que de s'adresser à notre jugement libre et réfléchi, et nous sommes en droit de nous demander si elles ne servent pas une manipulation massive.


   Personnellement, je m'en suis souvent méfiée, par tempérament sans doute, par une vraie aversion pour le trop plein de larmes et la dissolution totale du jugement dans ce déluge.
   Ceci dit, tenter de maîtriser ses émotions ne veut pas dire en être incapable. La maîtrise permet de les formuler, de les comprendre et par conséquent, de les vivre en profondeur plutôt que de les dissoudre dans une hécatombe lacrimale.
   J'avoue qu'il m'est arrivé de pleurer même au cinéma, à certains moments du Cercle des poètes disparus (les adieux du professeur à sa classe), Le choix de Sophie (la mère obligée de désigner un de ses enfants pour l'envoyer dans une famille allemande et l'autre dans le camp de la mort).
   Pourquoi certaines choses les provoquent et pas d'autres?
Il paraîtrait qu'elles font appel à des souvenirs lointains, tellement enfouis que nous n'en avons plus aucune conscience. Un événement les fait remonter à la surface, telle une éruption volcanique... Les émotions conscientes et souvent inconscientes dirigeraient nos choix et nos comportements.
   On dit parfois "être submergé d'émotion". Je me suis toujours méfiée de cette expression. Qui dit "submergé", n'est pas loin de "coulé"...
   On peut porter un jugement de valeur sans émotion, mais la révélation de nos propres valeurs passe obligatoirement par l'émotion.

25 janvier 2015

A propos du 11 novembre...


   A chacun son armistice... Jusqu'à mes 26 ans, le 11 novembre n'était pas une date fériée. Tout au plus, fêtions-nous officiellement le 7 novembre, anniversaire de la Grande Révolution d'Octobre en Russie. La Hongrie, en tant que composante de l'Empire Austro-Hongroise, avait fait partie des vaincus de la Grande Guerre; ainsi, un silence pesant recouvrait l'événement. Sous cette chape de plomb, les rancunes tenaces et douloureuses étaient maintenues éveillées comme la braise sous les cendres, par les histoires racontées dans des soirées en famille. Officiellement, les Roumains, les Slovaques, les Serbes et autres Ukrainiens faisaient partie de la famille communiste, chapeautée par le Grand Aîné l'URSS, tous des frères, mais la légende familiale nous apprenait la Hongrie mutilée par le traité de Versailles, 2,5 millions de Hongrois devenus subitement minoritaires dans leur propre pays, d'un trait de plume vengeresse. L'histoire officielle enseignée à l'école ne s'étendait pas sur ce fait, recouvrant d'un voile pudique les possibles hostilités.

   Dans ma famille, aucun esprit irrédentiste n'était de mise. Chaque génération a eu sa dose de guerre mondiale, la première pour mes grands-pères, la seconde pour mon père. Lorsque j'ai connu Gilbert, nous nous sommes dit que nos parents et grands-parents auraient pu se tirer dessus, et avec un petit jeu d'uchronie, nous ne nous serions jamais rencontrés...

   Lesdites légendes familiales ont également ancré en moi la leçon que le petit peuple chair à canon choisit rarement son ennemi : des forces supérieures décident de son sort et lui dictent qui il faut égorger ou par qui se faire égorger par malheur... Mes anciens ont unanimement insisté : leur seul souci a été de rentrer chez eux le plus tôt, le plus indemne possible, avec le sentiment que ceux d'en face souffraient des mêmes maux... Je les ai racontés sur ce blog dans les premiers chapitres de mes "Bribes de mémoire..."


Alors, en ce jour de commémoration, je m'incline devant toutes les victimes des tueries orchestrées au nom des intérêts qui, la plupart du temps, échappent largement à ceux qui en sont les premières victimes...
*sur la photo, mes grands-parents paternels avec ma tante, en 1916, mon grand-père en permission

19 février 2014

Questionnement sur la beauté

   Je sais : je m'attaque encore à l'Everest, comme dirait Patrick qui se reconnaîtra... Je suis consciente qu'on peut consacrer toute une vie à ce sujet et encore, elle ne suffirait pas... Ce n'est que le début d'un questionnement qui est généralement plus intéressant que les réponses. Une façon de reconnaître notre parfait et innocent dilettantisme touche-à-tout... Cependant, ne vaut-il pas mieux se poser des questions que de planer en toute quiétude au-dessus de notre existence si courte? Il est vrai que Flaubert a assené un coup fatal à nos ardeurs avec son "Bouvard et Pécuchet" ! Mais, au fond, rien ne décourage un vrai dilettante...
Une chose est évidente : nous avons un besoin vital de beauté autour de nous. Plus difficile est de définir ce qu'elle signifie. Est-ce la même sensation pour tout le monde ? Y a-t-il des codes précis qui les provoquent en nous ? D'évidence, non, la réponse serait trop simple. De quoi dépendent les codes personnels ? De l'éducation, de l'histoire de chacun ? De la société, de l'époque dans laquelle nous vivons ? Y a-t-il une part innée dans notre perception ? Sans doute un peu de tout cela...

Le "Chien" de Giacometti

Lorsqu'il s'agit d'exemple, la plupart des gens pense à un paysage, une fleur ou une oeuvre d'art, voire à la beauté humaine, tout cela perceptible des yeux. Pourtant, les autres sens aussi peuvent être sollicités. Sans parler de la beauté abstraite d'une idée, d'un sentiment ou d'un théorème scientifique.
Une chose est en commun : la beauté provoque une sensation, une intense émotion, proche de la jouissance (pour heurter les bons sentiments, je dirais une décharge hormonale, "enzimale" dans notre cerveau). On peut ensuite la développer, la théoriser jusqu'à la hisser aux sommets de la spiritualité (à définir !), la relier à la recherche morale (beau = bon).
La beauté des oeuvres d'art serait extrêmement complexe à elle seule. Que signifie la "beauté véritable" ? Le nombre d'or sacré régissant l'harmonie dans l'art et l'architecture des siècles passés n'aurait-il pas subi de violentes secousses dans la création à partir de la première guerre mondiale?
Et pour finir, que serait la beauté sans la laideur? Serait-elle moins visible?...

08 octobre 2013

A propos d'Odilon Redon

(publié le 11 avr. 2011 sur le blog de Flora)
   
   Odilon et son araignée souriante... Ses têtes bleues émergeant d'un océan originel... Et surtout, la sensualité de ses pastels, capables de révéler des couleurs insoupçonnées! Je ne suis pas particulièrement attirée par le sujet des natures mortes, des fleurs ou des paysages. Depuis la première fois que j'ai vu un recueil de bouquets d'Odilon Redon, j'ai été définitivement découragée de toute tentative d'y toucher... Comment approcher une telle perfection dans l'originalité  -  ne parlons même pas d'espérer  l'égaler; comment songer alors à la dépasser?...
   Je constate, surprise, que beaucoup de gens ignorent tout de Redon ou le connaissent peu. Il réside sur mon Olympe personnel, en compagnie d'Egon Schiele, de Rembrandt, de Vermeer et de quelques autres, depuis de nombreuses années. Contemporain des impressionnistes mais toujours à part. En dehors des courants, élaborant son art, en suivant ses inspirations... Le Grand Palais lui offre sa première grande rétrospective depuis 1956. Je ne suis pas qualifiée pour trouver le tiroir dans lequel il convient de le ranger dans le classement des trés grands, des simplement grands et les remarquables de la peinture: je me contente de prendre mon plaisir et mon inspiration auprès de ses oeuvres, surtout les pastels et les lithographies. De plus, une découverte pour moi: la réédition par José Corti, de son journal d'entre 1867-1915 (un an avant sa mort), "A soi-même". Il m'attend pour que je le lise, le déguste pendant longtemps. Quel moyen extraordinaire de s'introduire dans le processus intime de la création! Je suis irrésistiblement attirée par le genre "journal", très différent de celui des "mémoires". Le premier est ancré dans le présent, pris sur le vif avec la fraîcheur, la spontanéité des impressions, des réflexions, dans le mouvement créatif même, tandis que le second constitue un regard en arrière, avec les souvenirs sélectionnés, "digérés" par la mémoire, embellis ou tus à l'occasion, selon les émotions qui s'y attachent...
La modernité toujours actuelle, l'essence même qui m'attire vers Redon se résume dans ces deux phrases tirées de son journal:


"Mes dessins inspirent et ne se définissent pas. Ils ne déterminent rien. Ils nous placent, ainsi que la musique, dans le monde ambigu de l'indéterminé."
"Tout se crée par la soumission docile à la venue de l'inconscient."

22 août 2013

Se nommer - exister?


5 octobre 2010
   Depuis un bon bout de temps, j'ai conscience de la difficulté récurrente de me présenter: décliner mon nom et prénom me demande un réel effort sur moi-même. Comme à l'accoutumée, j'essaie d'y voir plus clair et de comprendre d'où vient le malaise et depuis quand il me paralyse. Je remonte au moins à l'adolescence, sans pouvoir mettre un événement concret sur la liste des causes.
   
Je casse les pieds à mes amis avec ces prises de tête : une m'a même parlé de masturbation intellectuelle que je devrais laisser choir. Mais j'adore ça! ai-je répondu, en apparence guillerette. D'autres tentent une explication en cherchant l'origine dans mes identités multiples dans lesquelles j'aurais du mal à faire le tri. Je ne le pense pas : ça ne me déplaît pas de jouer à cache-cache avec moi-même et parfois, de m'échapper à moi-même dans ce grand remue-ménage rationnel. Et puis, ça a commencé bien avant de démultiplier mon identité d'origine! J'ai pu remonter à l'âge de 13-14 ans, au moins...
  
   La mère donne la vie, le père donne le nom  -  et l'existence sociale, en somme. Mon père n'y est pour rien, j'ai eu une enfance heureuse, sans conflit notable avec les parents. Je n'ai pas connu de grandes révoltes d'une identité en formation. Alors, une psychanalyse pourrait exhumer la cause plongée dans les limbes bienfaiteurs du subconscient. A quoi bon? Cela ne m'a pas empêché de vivre durant de longues années.
  
Certains disent que l'on peut être mal nommé, il suffirait donc de changer de prénom pour être à l'aise. Certes, ma mère a insidieusement instillé son aversion pour son prénom  -  le même que le mien, imposé par la coutume. Il y  en a beaucoup qui me plaisent plus que le mien. Cependant, lorsque je les "essaie" sur moi comme un habit neuf, je n'y suis pas plus à l'aise. J'en conclus que c'est me nommer qui pose problème. Alors, l'impasse...
   
Je tente une dernière spéculation: celui qu'on ne peut nommer, n'existe pas. Et s'il n'existe pas, ne peut pas mourir non plus...

21 août 2013

Inéluctables...


   Sur des blogs hongrois, j'ai vu circuler une liste, comme il est à la mode d'en lancer de temps en temps parmi les blogueurs. La liste des choses que l'on aimerait voir s'accomplir avant son dernier soupir pour que la vie semble comblée et que l'on puisse la quitter sans trop de regret...
   J'espère, me concernant, que cette liste ne saura jamais être définitive. Que j'aurai toujours envie d'accomplir une chose de plus, jusqu'à mon dernier soupir! Je redoute plutôt le malheur d'une vie sans désir qui se prolongerait comme un désert aride.
  L'âge avance avec son cortège de difficultés physiques qui m'attendront sans doute, d'autres, matérielles, qui feraient barrage à l'envol des désirs... On peut, du moins, les caser dans la liste des inassouvis...




* écrire mon livre enfin, l'unique qui contiendrait tous les autres...

* peindre enfin un tableau abouti (ou plusieurs, pourquoi pas?)

* voir grandir mes petites-filles heureuses et préserver notre merveilleuse complicité

* voir mes enfants satisfaits de leur vie et me gardant leur affection

* avancer en sagesse et en sérénité, les communiquer aux autres sans pérorer comme une vieille chouette édentée qui s'écoute parler...

* visiter ou revisiter les endroits du monde qui me sont importants (la Vallée des Rois, Florence et Venise, la Cappadoce, la Grande Muraille de Chine et la Cité interdite, le Japon, les rues et les canaux de Saint-Petersbourg pendant les nuits blanches, Delphes, le lac de Van, etc., etc., etc...) 

02 août 2013

Procrastination


15 septembre 2011
 Un mot un peu énigmatique pour exprimer le fardeau dont nous sommes nombreux à souffrir... "Remettre au lendemain"...
Il y a des gens hyperactifs. Leur boulimie d'actions ne masquerait-elle pas une profonde angoisse du vide qui menace de les engloutir s'ils baissent le régime? A l'opposé, d'autres, les contemplatifs dont l'inertie ne servirait-elle pas d'excuse pour masquer une paresse congénitale?
Je ne suis pas une hyperactive, j'appartiens plutôt à l'autre groupe. Parfois, j'observe avec effroi mon sablier personnel, avec quelle régularité impitoyable et inarrêtable il fait écouler le mince filet de ma vie... Il est vrai que de temps en temps, nous avons une nouvelle chance, en retournant le sablier. Cependant, une voix intime nous avertit que ces occasions  deviennent de plus en plus rares... Qu'il ne faut pas les gâcher... Comment faire alors, pour vaincre l'inertie qui nous empêche de bouger, tout en nous écrasant de culpabilité?
Les tâches s'accumulent, inexorablement... Téléphoner à untel (à plusieurs même!), répondre à d'autres par mail, tondre la pelouse, passer l'aspirateur, trier la paperasse qui forme un monticule conséquent sur le bureau, faire quelques indispensables courses, travailler sur votre exposé, préparer la prochaine soirée de lecture, conduire votre voisine chez le dentiste, débarrasser enfin les encombrants, continuer le texte à prétention littéraire commencé il y a trois mois... Sans parler des projets plus anciens... Devant l'ampleur de la tâche, vous expédiez le plus pressé et la montagne continue à grossir en vous menaçant de vous ensevelir...
Je sais bien qu'il y a de bons conseils pour nous dire comment nous organiser pour liquider les arriérés. Je soupçonne ce désordre invincible n'être que le reflet de notre vie... Un amas de questions, de problèmes non résolus, auxquels s'ajoutent des nouveaux. Remis à plus tard. Ces petits délais dérobés nous donnent l'impression d'une bouffée de liberté éphémère comme les cinq minutes volées au réveil-matin de notre enfance. Pour revenir d'autant plus violemment à la figure...  

20 juillet 2013

Qu'est-ce qui sauvera le monde?...


14 octobre 2011
 Les religions vacillent, elles ne parviennent plus à nous libérer de nos grandes peurs de la souffrance, du Néant. Les sciences donnent parfois l'impression d'échapper aux apprentis sorciers et de susciter plus d'angoisse que de promesse de salut. Pendant longtemps, la politique, les idéaux nous berçaient de l'illusion de notre libre arbitre, du pouvoir de la volonté humaine à changer la face du monde. Une par une, nos illusions s'effondrent. Nous ne sommes plus maîtres de notre destin, impuissants témoins devant la fuite en avant de l'humain autodestructeur qui, au mieux, cache la tête sous le sable pour ne pas voir l'instant de sa perte. L'homme nu grelotte au milieu du désert de sa solitude...
  Vision apocalyptique exagérée ou lucide, découlant d'une simple réflexion sur l'état de notre monde? Que reste-t-il à l'homme pour pouvoir continuer à vivre? Certains répondent: l'Amour. Comme ça, avec un grand A. Pour signifier peut-être qu'il ne s'agit pas d'un sentiment à la petite semaine, celui qui passe et qui nous plonge dans la détresse mais d'une gigantesque et mystérieuse onde d'énergie enveloppante et salvatrice. On s'y sentira bien, à l'abri de tous les dangers comme dans le liquide originel de nos premiers instants de vie...
   J'ai du mal, j'ai du mal à croire à la survenue de cette force, soudain universelle qui balaye les guerres, l'agressivité attisée par l'appât du gain, l'indifférence glaçante, transformant les milliards d'humains en un troupeau pacifique bêlant à l'unisson l'amour de son prochain... Dans un monde tiède qui deviendrait rapidement à mourir d'ennui. Comme un genre de paradis terrestre.
   L'Amour doit demeurer un idéal, un souhait ardent et une réalisation difficile qu'il convient de mériter. Comme un diamant étincelant et rare: il ne faut pas le galvauder.

illustration: R. T.

14 juillet 2013

Regard dans le rétroviseur... (extrait du Cahier rouge, mars 2010)

28 mars 2013

Ce matin, je me suis replongée dans ce "Cahier rouge", une sorte de consigne du temps qui s'enfuit, entamé en mars 2009 et arrivé à sa 225-ème page il y a à peu près un an.  Son successeur, le "Cahier noir" a déjà atteint 179 pages manuscrites, bien serrées. Que s'est-il passé d'important, du moins pour moi, il y a tout juste trois ans?... Coup d'oeil en arrière.


30 mars 2010, mardi: (nb. je suis à Meudon) Pour me remettre des trois-quatre jours précédents, je reste à la maison, quasiment en position de gisant, renonçant au retour au Salon ou à l'expo de Lucian Freud. La honte! A ma décharge: de fréquentes averses qui me découragent de faire 2 heures de queue à Beaubourg et de monter la grimpette au tram. Lucie est restée scotchée à moi ce matin. Que faire? Elle se serre contre moi sans bouger... Drôle de petite tête: qu'y a-t-il dedans? Sûrement plein, plein de choses qu'on n'imagine même pas...
   Pendant ce temps, mon "Istanbul" reste en suspens. J'espère que ce ne sera pas cet     énième feu de paille dont j'ai le secret... C'est pour cela que j'ai besoin d'engagement ferme, pour ne pas sombrer dans l'inertie... En même temps, si je délaisse ce cahier (et le blog, surtout) plusieurs semaines, je ressens un manque sourd et oppressant. Se réfugier dans les mots? Fuir la réalité? Comment écrire, déjà? Faut-il y réfléchir ou bien peut-on se contenter de suivre ses instincts? Je serais sans doute incapable d'écrire un récit classique, linéaire, suivre une trame stricte. Incapable ou pas envie? Les deux et peut-être l'un à cause de l'autre.
(...)
   Au dernier billet en date sur mon blog, j'ai ajouté ma photo prise en 2006, sensiblement la même qu'aujourd'hui. Pourquoi ai-je franchi le pas? Ce n'est pas anodin, comme rien dans la vie. Il m'a fallu presque deux ans pour me "dévoiler" ainsi. Afin de comprendre le pourquoi de se dévoiler, il faut déjà comprendre le pourquoi de se masquer. Envie de créer des illusions? Peur de décevoir? Envie de se cacher? Pourquoi? Pour fuir le paraître? Pour se laisser imaginer à travers ce qu'on crée et qui doit être  -  du moins, on l'espère  -  plus vrai, plus fidèle que l'apparence physique? Cependant, je suis sûre que les personnes très belles s'empressent à exhiber leurs photos pour ajouter à la séduction éventuelle de leur production...! 

27 juin 2013

In memoriam Rády Krisztina...


31 janvier 2010
Je ne suis pas une habituée de Paris Match, sauf peut-être dans les salles d'attente de dentistes ou chez le coiffeur. Tout en assumant ma dose de futilités qui m'incite, de temps en temps, à m'abîmer dans un Marie Claire ou une revue de déco pour une bouffée de légèreté, une page de prévisions planétaires auxquelles je ne crois pas du tout, mais qui me redonnent la pêche si elles sont favorables !... Paris Match me rebute par sa soif du sensationnel qui transforme le malheur en scoop, flattant notre voyeurisme malsain... même s'il y a pire sur le marché.
   Ces quinze derniers jours, je l'ai acheté deux fois. Quelque chose que je m'explique mal, m'attire irrésistiblement vers ces pages, même si, j'en suis certaine, elles ne m'apprendront pas davantage mais me rapprocheront d'elle. De Krisztina.
   Qui connaît le nom de Krisztina Rády ? Et si je dis qu'elle est (était) la femme de Bertrand Cantat et la mère de leurs enfants ? Le dimanche 10 janvier, elle s'est pendue dans leur maison de Bordeaux, juste au-dessus de la chambre où son mari était en train de faire la sieste. Elle avait 41 ans.
  
 Le suicide est un geste tragique qui nous surprend toujours et nous culpabilise par son mystère. Il se commet dans une extrême solitude, que l'on soit entouré ou abandonné. Appel au secours ou acte de désespoir sans retour. J'ai toujours refusé de le qualifier de "lâcheté", à l'instar de certains moralisateurs. Même si la vie est difficilement supportable, il faut une dose de courage hors du commun pour accomplir ce saut dans le vide absolu.
   Krisztina Rády était Hongroise. Elle a choisi la double nationalité, tout comme moi, par fidélité. On ne peut pas renier sa famille, une bonne partie de sa vie. Elle a adopté la France comme la France l'a adoptée. Elle a oeuvré sans relâche pour le rapprochement, la découverte mutuelle des deux cultures, en organisant des festivals de musique, en traduisant et adaptant des oeuvres. Elle était admirable d'énergie déployée, de talent à rapprocher les gens, d'un sens inné de contact chaleureux et stimulant.
   Je ne veux pas m'étendre sur le coup de foudre qui a éloigné son mari ni sur le drame de Vilnius, sur son statut d'icône de la femme bafouée qui soutient son mari avec une dignité sans faille. C'est la façade pour le monde extérieur avide de sensations qui ne doit pas se repaître des détails intimes. J'ai lu la postface à la traduction hongroise faite par elle, de Persepolis de Marjane Satrapi. Son portrait écorché et enthousiaste transparaît à travers les lignes et l'acte du désespoir ultime devient moins opaque...

   Bizarrement, la première chose qui m'était venue à l'esprit au choc de la nouvelle : en Hongrie, championne du suicide, la méthode favorite reste la pendaison...
 

22 juin 2013

Du mariage...


8 novembre 2011
 Il y a peu, je suis tombée sur une citation: " C'est cela, le mariage, la même peur partagée, le même besoin d'être consolé, la même vaine caresse dans le noir..." (Anne Hébert). Constat terriblement corrosif, propre à décourager tous les candidats encore naïfs et confiants! Et qui ne pouvait être dressé qu'au bout d'une longue expérience désolante.
   Les images négatives sont plus courantes, le bonheur fait moins recette (Musset ne disait-il pas dans ce vers époustouflant de beauté: "les plus désespérés sont les chants les plus beaux...") et ne tient pas la route face aux catastrophes. Même le grand amour du départ reçoit, par les scientifiques, le couperet de 3 ans de survie! 3 ans maximum! Adieu la passion, bonjour la routine tue-l'amour en guise de bouillotte, à heure fixe, comme on fait son yoga d'entretien pour prévenir l'arthrose précoce...
   Il y a seulement cinquante ans, il était quasi impensable de se tester dans des cohabitations préliminaires plus ou moins longues et le choix du partenaire s'apparentait parfois à de la loterie. Mettre la charrue devant les boeufs était mal vu, ou alors, il fallait être très discrets! Avec une contraception balbutiante, les femmes en essuyaient la honte, avec les conséquences douloureuses et clandestines, et les hommes, souvent, s'éclipsaient lâchement devant leurs responsabilités. A moins qu'ils n'aient réparé "la faute" par le mariage.
   Avec l'émancipation économique de la femme, les choses changent. Elle n'a plus besoin de l'homme comme seule perspective nourricière, ainsi, elle devient plus difficile pour s'engager. Du moins en théorie. Le divorce est grandement allégé. Être "mère célibataire" n'est plus le stigmate de la honte. Il y a même des "pères célibataires", en signe d'émancipation! 
   "En couple" remplace "marié(e)". Les gens hésitent parfois plusieurs années, entourés d'une nombreuse progéniture. Les mauvaises langues prétendent qu'il n'y a plus que les curés et les homosexuels pour réclamer le droit de se marier!
  Selon Brassens, ce n'est qu'une simple formalité "au bas du parchemin" qui ne concerne en rien l'essentiel: l'engagement intime et personnel. Pour cela, nul besoin de robe de princesse ni de banquet ruinant. Alors, qu'est-ce qui pousse soudain des couples bien rodés à la vie commune, à sauter le pas? Pour alléger les impôts? Pour solidifier leur situation administrative? Toutes les formalités ont déjà été grandement édulcorées par le législateur. Ou alors, cette vénérable institution séculaire quelque peu fissurée, continuerait-elle à représenter un archétype d'engagement, de sécurité, "la même peur partagée, le même besoin d'être consolé..." en espérant que "la caresse dans le noir" ne sera jamais vaine!

ill. R.T.

03 juin 2013

Faut-il réhabiliter le baiser?...


article datant du 20 novembre 2011
   Un article du Nouvel Observateur s'en inquiète, dans le sillage du "Philosophie Magazine", et le sujet atterrit finalement sur ce blog. Question de générations, sans doute.
   Il y a un certain temps, j'ai écrit une micro-fiction, intitulée: Premier baiser. La narratrice représente la jeunesse des années 60-70, avec les premières bouffées des libertés mais aussi des tabous puissants, issus d'une éducation stricte et frustrée qui fait du baiser le premier pas vers la perdition... En même temps, cela rend à cette première approche de la sensualité, à l'apprentissage du langage du corps toute son importance, et qui, semble-t-il, à notre époque hâtive, serait en voie de disparition.
    J'ai été surprise d'apprendre dans cet article que le baiser n'a pas toujours été "mondialisé", loin de là, pas même banal en notre Occident: "C'est avec Ronsard et Rousseau que le baiser s'est sacralisé en Occident pour les amoureux, après avoir été une tradition du clergé." Bigre! Je revois un instant la dernière affiche bannie de Benetton, le pape et un imam échangeant un baiser plus qu'oecuménique... Les choses ne seraient-elles pas en train de revenir en arrière?... 
   Bisou, bise, smack, bécot, patin ou pelle, le baiser, baveux ou profond, est adapté au contexte. La mémoire du couple en garde l'évolution, des premiers émois à la passion, des pulsions amoureuses à la tiédeur routinière ou à la tendresse sur la joue, accompagnée d'une caresse sur la main...  Il est le vrai baromètre des couples, bien plus fidèle que la fréquence de leurs relations sexuelles, s'apparentant pour certains à des mesures d'hygiène mentale... Le caractère du baiser trahit notre relation à l'autre: prenons-nous la peine de nous attarder à l'attention envers notre partenaire ou la jouissance hâtive et immédiate éclipse la phase d'approche? La sexologue Catherine Solano émet une évidence inattendue: le baiser est un acte gratuit, pas du tout indispensable mais il implique obligatoirement l'autre. "On peut jouir seul, mais pas embrasser seul." Notre époque individualiste, pour ne pas dire égoïste, ayant tendance à "zapper" le baiser, ne joue-t-elle pas avec le feu insidieux qui rendrait le paysage de nos relations amoureuses semblables aux collines du Var, après les incendies d'été?...

25 mai 2013

Questionnement sur l'épicurisme



13 novembre 2008

   Epicure a fondé, en 306 av. J-C, le Jardin, petite communauté près d'Athènes où il accueillait hommes, femmes, libres et esclaves, pour dispenser ses idées, sous forme de conversations. Hélas, de ses 300 textes, il nous reste quelques Maximes et trois Lettres.    Lorsque je l'ai découvert, c'était comme une révélation : j'étais donc née son adepte, je le pratiquais, j'y aspirais sans le savoir! Quand Gilbert  -  à l'opposé de mon inertie apparente  - me reprochait mon "manque d'ambition" et de combativité dans certaines situations, je répliquais avec un tranquille "à quoi bon de se taper la tête contre mur si cela ne fait pas avancer les choses", ce qui avait l'art de l'exaspérer. Lui, boulimique de travail comme si ses jours avaient été comptés  -  et de fait, ils l'étaient  -   ne s'arrêtait guère pour jouir du résultat obtenu, il visait déjà plus loin, plus haut. Défis éternels, dépassement de soi.

   Epicure, l'hédoniste ascète, prône la maîtrise en tout: en nos désirs, éliminant ce qui peut bouleverser l'équilibre serein, et en plaisirs terrestres de toute sorte (on lui a collé, par pure calomnie jalouse, les accusations d'excès en tous genres). Face aux moralisateurs austères, il remplace le bien et le mal par le bon et le mauvais, en plaçant l'individu au centre de son intérêt et en éliminant les dieux en même temps que la crainte de la mort. "La mort n'est rien pour nous, puisque lorsque nous sommes, la mort n'est pas là et lorsque la mort est là, nous ne sommes plus." Cela ouvre des perspectives inouïes! Il veut avant tout positiver, comme nous dirions aujourd'hui. "Il n'y a rien d'effrayant dans la vie pour celui qui a compris qu'il n'y a rien de terrible à ne pas être." cela me renvoie de façon évidente à ce que j'ai noté pour l'anniversaire de la mort de Gilbert, maladroitement certes, mais, sans le savoir, dans l'esprit du grand Epicure. 

   Est-ce actuel de nos jours? dans un monde aux valeurs déliquescentes, où l'homme a la cruelle impression d'être abandonné par les politiciens, les dieux et les philosophes, Epicure l'invite à construire son monde intérieur, y trouver le bonheur et la sérénité dans une idée d'univers maîtrisé. 

   Rarement on a vu autant de livres, de conférences prétendre nous offrir la recette du bonheur et de la sérénité. C'est que nous devons en manquer cruellement!...